


La dernière délégation du Hamas est arrivée au Caire au début de ce mois, avec les réponses du mouvement aux questions et propositions sans cesse remaniées du Haut-Commissaire du Conseil de la paix, Nikolaï Miladinov. Cette fois, la délégation n’était pas conduite par Khalil al-Hayya, mais celui-ci a transmis une position ferme et inflexible sur la question du monopole des armes, en précisant qu’une telle évolution ne pourrait intervenir que progressivement, selon un calendrier lié à un processus politique clair garantissant au peuple palestinien son droit à l’autodétermination et à l’exercice de sa souveraineté. Par ailleurs, le mouvement a réclamé le versement de l’ensemble des sommes dues aux fonctionnaires ayant exercé leurs fonctions au sein de son gouvernement par l’intermédiaire du «Comité d’administration de Gaza», tout en veillant à maintenir son rôle durant la période transitoire.
Les positions israéliennes continuent, quant à elles, de rejeter toute formule qui permettrait le maintien d’une branche militaire du Hamas une fois la période de transition achevée.
Entre l’intransigeance israélienne et la fermeté du Hamas, les travaux du Comité d’administration demeurent suspendus. Les réunions du Comité se tiennent à Al-Arich ou à Chypre, jamais dans la bande de Gaza occupée, où le gouvernement israélien refuse de lui permettre d’exercer ses activités.
Un partage fonctionnel
La fragmentation de la bande de Gaza en deux zones s’enracine progressivement. À l’est s’étend le théâtre des opérations de l’armée israélienne. À l’ouest vit l’essentiel de la population, placée sous l’autorité des services de sécurité et de la police du Hamas, vivant au milieu des vestiges de tentes, des ruines des maisons détruites et des maigres restes de nourriture, d’eau et de médicaments.
Dans cette partie du territoire, le Hamas exerce son autorité, perçoit les taxes et administre les échanges commerciaux avec une poignée de commerçants dont les pratiques ne le cèdent en rien à celles de l’appareil sécuritaire du Hamas dans ses rapports avec la population. Chaque fois que la question des armes et de leur exclusivité dans la bande de Gaza est évoquée, il faut rappeler que l’administration Trump, ainsi que les médiateurs turc et qatari, ont estimé nécessaire le maintien de l’arsenal du Hamas jusqu’à l’achèvement de la période transitoire.
L’équation est donc simple. Israël refuse les armes du Hamas, tandis que le mouvement durcit ses exigences concernant leur exclusivité au point d’exiger des garanties collectives et individuelles pour l’avenir. Pendant ce temps, Nikolaï Miladinov fait la navette pour tenter de tisser un accord susceptible de satisfaire à la fois Israël et le Hamas.
Selon cette équation insoluble, et conformément aux instructions de l’administration américaine, avec l’accord d’Israël, le Comité d’administration de Gaza doit commencer ses travaux dans la partie orientale de la bande, sous le contrôle direct de l’armée d’occupation, sans qu’aucun calendrier de mise en œuvre n’ait, à ce jour, été fixé.
Le Hamas continuerait ainsi d’exercer son pouvoir dans la partie occidentale, dans une dualité de pouvoirs qui ne peut se comprendre que comme l’expression d’un partage fonctionnel entre les deux parties. Ce partage ne fait qu’accroître les malheurs de la population, prisonnière du statu quo et de l’impasse, tandis que la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau et les services de santé s’effondrent à un rythme accéléré, laissant la maladie, la faim et la soif ravager le peuple de Gaza. Celui-ci subit tout à la fois la tutelle du Conseil de la paix, l’occupation de l’armée israélienne et le pouvoir du Hamas.
En adoptant, le 17 novembre 2025, la résolution instituant le «Conseil de la paix», le Conseil de sécurité des Nations unies n’avait pas pour objet de confier au président Donald Trump une tutelle sur les Palestiniens. Il entendait mettre un terme à une guerre d’extermination devenue préjudiciable aux intérêts d’Israël et à son image, tout en autorisant le déploiement d’une force internationale chargée d’aider la population de Gaza à traverser l’épreuve du génocide dont elle est victime.
Huit mois se sont écoulés depuis la création du Conseil de la paix, et les négociations en sont toujours à la mise en œuvre du premier des vingt points prévus par l’initiative Trump.
Lignes rouges
Le dernier cycle de négociations, le cinquième, s’est achevé sans le moindre progrès notable. Les lignes rouges des deux camps demeurent inconciliables, dans une opposition totale entre Israël et le Hamas sur la question de l’exclusivité des armes et sur l’avenir du pouvoir dans la bande de Gaza, dans l’attente du changement à la tête de l’Autorité palestinienne après les élections législatives et présidentielle prévues à la fin de cette année.
À chaque échec des négociations, la diplomatie égyptienne avance de nouvelles propositions afin de maintenir le dialogue. Elle cherche ainsi à empêcher Israël de se soustraire à ses engagements internationaux et à lui interdire d’imposer un nouvel état de fait dans la bande de Gaza, dont les répercussions sur la sécurité nationale égyptienne seraient d’une portée stratégique, en transformant la frontière palestino-égyptienne en frontière israélo-égyptienne, avec toutes les conséquences qu’une telle évolution entraînerait également pour le traité de paix égypto-israélien.
Sous cet angle géopolitique, la diplomatie égyptienne œuvre à renforcer le rôle de l’Autorité nationale palestinienne et à assurer sa présence politique et effective. Elle est ainsi parvenue à réactiver l’Accord sur les points de passage, à rétablir la présence officielle palestinienne avec une participation européenne également, ainsi qu’à obtenir un accord sur le déploiement de quinze mille policiers, en trois vagues successives, afin d’assurer, par la suite, les conditions de vie de la population dans la bande de Gaza. Il faut y ajouter la participation symbolique de la ville de Deir el-Balah aux élections municipales organisées il y a quelques mois.
Le Caire demeure plus que jamais soucieux d’empêcher l’échec des négociations, comme le souhaitent Benjamin Netanyahu et ses généraux. Pour atteindre cet objectif, la diplomatie égyptienne use à la fois de souplesse et de fermeté avec l’ensemble des parties, y compris la partie israélienne.
À travers son action conjointe avec les États médiateurs, le Pakistan, l’Arabie saoudite et la Turquie, Le Caire suit de près l’évolution du conflit entre Washington, Téhéran et Tel-Aviv, ainsi que les scénarios, toujours ouverts, d’un retour à des niveaux de violence susceptibles de dégénérer à nouveau, malgré les mécanismes destinés à les contenir. Les échéances politiques et électorales à venir aux États-Unis et en Israël pourraient en effet déboucher sur des résultats peu propices à la réussite d’un vaste processus de paix, à la fois international et régional.
Dans le même temps, les politiques turque et qatarienne évoluent selon une dynamique différente. Elles cherchent à établir une nouvelle relation entre le Hamas et l’administration de la Maison Blanche, en s’appuyant sur leur longue expérience des mouvements de l’islam politique radical, en particulier des talibans afghans. Cette expérience, chère à Khaled Mechaal, membre du bureau politique du Hamas, qu’il a souvent présentée dans ses déclarations comme un modèle de référence, offrirait la possibilité de recomposer le mouvement et de le réintégrer dans le système politique palestinien.
Sans la souplesse dont ont fait preuve les administrations américaines, tant l’ancienne que l’actuelle, la direction du Hamas n’aurait sans doute pas poussé aussi loin ses exigences dans les négociations. Son pari repose sur la réussite des efforts déployés par Ankara et Doha pour réhabiliter son rôle dans la cause palestinienne. Cette stratégie permettrait à la Maison Blanche d’imposer ses conditions à la fois au Hamas et à l’Autorité palestinienne, afin d’abaisser le niveau des revendications nationales auxquelles le peuple palestinien consentirait. Ce jeu se poursuit depuis que le gouvernement Sharon a favorisé l’arrivée au pouvoir du Hamas lors de son coup de force contre la légitimité palestinienne en 2007. Si ce jeu garantit les mêmes résultats, pourquoi ne se répéterait-il pas ?
Une goutte d’eau
Alors qu’Israël continue d’empêcher l’entrée de l’aide humanitaire, la crise de l’eau potable ne cesse de s’aggraver. La bande de Gaza a besoin chaque jour de cent quarante mille mètres cubes d’eau pour répondre aux besoins de la population, notamment au niveau des hôpitaux et de l’alimentation. Les Nations unies ne cessent d’alerter sur l’effondrement de la sécurité hydrique, tandis que le Hamas, de son côté, ne laisse transparaître, ni dans son discours ni dans son comportement, le moindre souci pour la population. À ses yeux, les armes valent davantage qu’une goutte d’eau… !