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Analyse

Pékin: les conséquences du sommet des deux «empereurs»

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Par Jean-Patrick Dayras
Publié mai 15, 2026 - 01:18

Le monde avait, jeudi 14 mai, les yeux braqués sur Pékin où la rencontre entre le président des Etats-Unis, qui se veut encore grand, et le président Xi Jinping, qui aspire à l’être davantage que ce dernier, pourrait avoir des conséquences importantes pour nombre de pays, à court comme à long terme. Pour certains, nombreux sans doute, ces conséquences pourraient être dramatiques. 

Qu’en sera-t-il pour l’état du monde par la suite? Nul ne pourrait encore l’affirmer.

Le président Trump a parlé sans doute, d’abord, de commerce. Le président Xi également. Le premier évoquera très vite ses victoires, mot qu’il chéri, sur son site, comme à son habitude.

Le président chinois affichera son sourire énigmatique et figé qui laissera deviner sa satisfaction d’avoir obtenu ce qu’il voulait. On peut augurer du fait que les accords commerciaux ont été les premiers à être discutés et obtenus. Seront-ils pour autant équilibrés ? Pas sûr… 

Le président des Etats-Unis a un besoin urgent de satisfaire son opinion publique et le peuple américain qui est désormais las de voir les prix du pétrole s’envoler, l’inflation et le chômage augmenter, et qui est fatigué de voir aussi s’accroitre la pénurie de certaines matières nécessaires, dont les engrais bloqués dans le golfe arabo-persique (GAP). Sans compter d’autres matières indispensables pour faire tourner la machine économique américaine qui n’atteint pas vraiment l’objectif revendiqué lors de la campagne présidentielle et répété à souhait sous le slogan MAGA (Make America Great Again).

Nous en saurons davantage à cet égard lorsque les victoires de l’un seront annoncées sans que son interlocuteur - pas son partenaire - n’évoque ses gains.

Toutes ces discussions et négociations ont un arrière-goût géopolitique lié à la situation interne américaine, au besoin pour la Chine de retrouver le niveau d’approvisionnement en pétrole et en matières nécessaires à son propre développement et à une croissance de plus en plus pressante. 

Les deux sujets prioritaires constituant cet arrière-plan géopolitique sont certainement l’Iran et le détroit d’Ormuz, étroitement imbriqués, ainsi que Taïwan. 

Le second point sera important à long terme. Dans un premier temps, les discussions ont sans doute porté sur l’arrêt du soutien US à la défense de Taïwan contre une réduction des démonstrations et des menaces contre l’île de la part de la Chine. Donc, le maintien dans l’immédiat du statu quo. Ni l’un ni l’autre ne veut aller vers un affrontement. Xi a le temps …jusqu’en 2049. D’ici là, d’autres pressions, d’autres négociations auront lieu et la situation de l’Occident sera peut-être, estime Xi, bien différente. L’Occident pourrait être préoccupé, d’ici là, par d’autres sujets que la défense de Taïwan bien éloignée des USA, même si la liberté de la navigation dans le détroit dit de Formose (150 km de large) sera toujours une pierre d’achoppement.

L’embarras de Trump

Mais tout n’est pas aussi simple pour le président des Etats-Unis. Il ne doit pas donner l’impression d’abandonner Taïwan à son triste sort sans compromettre sa position, déjà écornée, de protecteur des pays de la péninsule arabique et sans ternir l’image de force et de puissance face aux Gardiens de la révolution iranienne. Comme le soulignait un précédent article de Levant Time, ces pays pourraient estimer rapidement que la défense américaine représente un danger, ce qui pourrait amener l’un ou plusieurs d’entre eux à souhaiter le départ des Américains des bases qu’ils occupent dans cette zone. C’est peut-être pour cela qu’Israël a décidé de faire bénéficier les Emirats arabes unis d’un dôme de fer. M. Trump aurait-il imposé cette mesure ? 

Au profit de qui aboutirait ce vide ? Et si la Chine, forte de ses relations avec l’Iran, leur assurait, par sa seule présence, cette sécurité recherchée pour se tourner vers leurs activités dans les domaines du tourisme, des évènements mondiaux, de la haute technologie, du luxe et de la finance, comme naguère ? La Chine serait grande gagnante pour élaborer et développer ses routes de la soie.

Le président Trump qui ne pensait, en arrivant à la Maison Blanche pour un second mandat, n’avoir à s’intéresser qu’à la situation sécuritaire interne – lutte contre l’immigration et le narcotrafic – et à la Chine à l’extérieur, seul compétiteur à ses yeux, réalise que le fait d’avoir été tiré par la manche par M. Benjamin Netanyahu est un piège dans lequel il est tombé bien naïvement.

L’Iran et le détroit d’Ormuz

La clé est donc de s’appliquer à traiter le premier sujet, et à bien le traiter pour ne pas y revenir et pour ne pas s’y enliser. Il y a dans ce sujet commun, Iran et détroit d’Ormuz, deux aspects sur lesquels les deux présidents ont un intérêt commun : le nucléaire et la liberté de navigation maritime. La Chine est opposée à la prolifération nucléaire. Elle l’a toujours fait savoir. Quant à la libre circulation dans le détroit d’Ormuz, elle a le plus grand intérêt à la voir restaurée le plus rapidement possible. Ce qui ne l’empêchera pas de vouloir limiter, voire interdire, la libre circulation dans le détroit de Taïwan. La géopolitique est parfois malicieuse !

Il est trop tôt pour aller plus loin dans les supputations. Attendons les déclarations de victoire de M. Trump qui ne manqueront pas de surgir et ce que dira ou ne dira pas Xi.

En ce qui concerne la navigation maritime et toutes les conséquences des décisions qui seront prises ou adoptées par les Occidentaux concernant le détroit d’Ormuz, il parait utile de rappeler que l’organisation de cette circulation ne se limite pas à des accords à connotation commerciale ou géopolitique, uniquement. Cette question relève de l’application des traités et des règlements internationaux.

L’Iran a signé le 10 décembre 1982, à Montego Bay, la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, dite convention de Montego Bay (UNCLOS). Mais il ne l’a jamais ratifiée. L’Iran est donc signataire mais n’est pas un Etat partie prenante à la Convention, ce qui implique qu’il n’est pas lié par toutes les obligations conventionnelles de l’UNCLOS, comme le sont les États ayant ratifié le traité. Cette situation est comparable à celle des États-Unis : eux aussi ont signé certains textes liés à l’UNCLOS mais n’ont jamais ratifié la Convention elle-même. 

Le sujet est particulièrement important pour le détroit d'Ormuz. L’Iran soutient depuis longtemps qu’il n’est pas pleinement tenu par certaines règles de « transit passage » prévues par l’UNCLOS dans les détroits internationaux, précisément parce qu’il n’a pas ratifié la Convention. Raison pour laquelle les Gardiens de la révolution iranienne s’arrogent le droit d’y taxer le passage (droit de péage). Pour autant, nombre d’États considèrent que plusieurs dispositions essentielles de l’UNCLOS — notamment la liberté de navigation — relèvent aujourd’hui du « droit international coutumier », donc sont applicables même aux États non partie prenante. 

Il sera vital pour le monde entier de relever comment ce sujet sera traité et résolu. De nombreux passages ou détroits pourraient être concernés par cette question et la navigation taxée par des Etats riverains. 

Avant de clore – provisoirement – ce sujet, il est important de ne pas accorder de crédit à certains commentateurs qui interviennent sur les chaines de télévision ou de radio pour traiter du sujet des détroits et qui abordent sans distinction les cas des canaux comme Suez ou Panama. Les canaux ne sont pas des détroits. Les Dardanelles constituent un autre cas particulier ainsi que le Bosphore dont le passage est réglementé par la Convention de Montreux de 1936, scrupuleusement appliquée et respectée, en particulier pour ce qui a trait à la présence de forces maritimes n’appartenant pas aux Etats riverains de la mer Noire.



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