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Opinion

À Baysarieh comme au Palais Bourbon, un vent de fronde …

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Par Youssef Mouawad
Publié juin 13, 2026 - 00:26

Au moment même où se tenait à Paris, à l’Assemblée nationale, un colloque donnant la parole à nos concitoyens chiites libres*, un village du Sud perché à 180 mètres, se rappelait à notre bon souvenir.

 

Le vendredi 5 juin, un vent de fronde se levait à Baysarieh: une échauffourée y opposa les habitants, en majorité duodécimains et acquis à Nabih Berri, à des hezbollahis qui voulaient installer des lance-roquettes en plein milieu de la localité.

L’armée libanaise dut s’interposer pour séparer les antagonistes et rétablir l’ordre. Une vidéo a enregistré la mêlée collective qui, comble d’ironie, s’est déroulée dans une rue pavoisée d’étendards vert pistache, aux couleurs du mouvement Amal!

 

L’accrochage est survenu au moment même où le Centre des opérations d’urgence du ministère de la Santé publique nous informait que notre pays déplorait 3558 tués et 10870 blessés depuis le 2 mars, date à laquelle le Hezbollah a rallumé la mèche pour soi-disant venger l’exécution du Guide suprême iranien. D’aucuns diront que ce n’est pas cher payer l’appui iranien apporté à la libération du Sud-Liban et à celle de la mosquée Al-Aqsa.

 

Le ras-le-bol est contagieux

 

Baysarieh n’allait cependant pas être la seule à se cabrer en territoire national. Au même moment, et comme s’ils s’étaient donné le mot, le président de la République et le président du Conseil se sont «mutinés» contre la vulgate hezbollahi.

 

Joseph Aoun a déclaré à CNN que l’Iran n’avait pas à se servir de notre pays comme monnaie d’échange, que Naïm Qassem ne représentait pas le Liban et que la seule option sensée était la négociation pour mettre un terme définitif à l’état d’hostilité entre le Liban et Israël.

 

Quant à Nawaf Salam, il s’est rebiffé en rappelant que le Liban n’était pas un terrain où les autres pouvaient s’affronter et que les « Sudistes » n’avaient pas à payer le prix de « calculs dont ils ne maîtrisent pas les décisions ».

 

En l’espèce, il ne restait plus qu’au président Nabih Berri à s’exprimer ! Mais nous ferons le black-out sur ses propos, dictés qu’ils sont par la crainte révérencielle que lui inspire le Hezbollah. Car, de toute manière, Baysarieh a déjà répondu pour lui, au nom du mouvement Amal et de tous les chiites ulcérés par l’absurdité des combats qui se poursuivent et par l’accaparement du pouvoir par la milice iranienne.

 

Comme partout ailleurs au Liban, le ras-le-bol se diffuse et se généralise au vu des destructions et des déplacements des populations. L’inamovible Nabih Berri a beau refuser d’accorder son satisfecit à l’accord intervenu à Washington, sa base électorale ne semble plus vouloir payer le prix des aventures insensées de Naïm Qassem.

 

Avoir attendu si longtemps pour renverser la table!

 

C’est que jusqu’à récemment nos cercles officiels faisaient preuve de discrétion. Attention de heurter la Résistance : celle-ci était à prendre avec des pincettes. Par respect et considération pour les sacrifices du Hezb, il ne fallait point porter atteinte à son image de libérateur.

 

Mais là soudain, un changement de paradigme ! Le narratif n’est plus le même. C’est comme s’il y avait eu une « rupture épistémologique », c’est-à-dire un changement radical dans la manière d’envisager la réalité, qui rompt avec le discours antérieur et les clichés que nous imposaient le parti iranien et ses écorcheurs.

Ce seul changement est un marqueur de libération car, sur de longues années, l’Exécutif avait fait sienne la rhétorique du Hezbollah.

Et de ce fait, notre État républicain relevait plus de la Commedia dell’arte et d’une pitrerie. Nos responsables n’étaient plus que des grimaciers et des cabotins qui s’évertuaient à défendre les thèses du parti de Dieu, thèses qu’ils récusaient au fond d’eux-mêmes.

 

Alors, au diable la pudeur avec laquelle on traitait la question des négociations directes avec Israël. La tension va, à l’évidence, monter d’un cran et un processus de délivrance va s’enclencher. Et celui-ci ira jusqu’à dresser et afficher officiellement la liste des crimes sériels commis par le parti de Dieu.

 

Merci Baysariyeh, merci le Palais Bourbon, la peur que le Hezbollah instillait dans sa propre communauté comme dans certains cercles n’a plus cours !

 

*Colloque « Le Liban entre paix et guerre : légitimité de l’État et rôle de la société civile », Assemblée nationale, 5 juin 2026, Paris. Les intervenants, qui y ont tenu le Hezbollah et la « sainte alliance » iranienne pour responsables de la catastrophe actuelle, ont appelé à la réhabilitation de l’État de droit.

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