


Ce pays, le nôtre après tout, mérite mieux que ta résistance ! Mais quelle malédiction pèse donc sur nous, dans cet Orient livré aux lubies des boutefeux et des candidats au martyre ? Chaque fois que les leaders arabes s’étaient laissé aller à des discours incendiaires et happer par les guerres, nous étions mûrs pour les désastres.
Ainsi, à la veille de juin 1967, les provocations du Baas syrien au pouvoir à Damas avaient entraîné l’Egypte et la Jordanie dans une guerre de six jours. D’un côté, l’Egypte perdit le Sinaï, le contrôle de la bande de Gaza et la maîtrise du Canal de Suez et de l’autre, la Syrie perdit le Golan alors que le Royaume Hachémite de Jordanie se faisait arracher la Cisjordanie et la vieille ville de Jérusalem (1). Ni Damas, ni Amman ne se sont jusqu’à ce jour relevés de ce faux pas, les territoires qu’Israël leur avait « subtilisé » n’allaient jamais être récupérés.
Seul le Liban, qui s’était tenu à l’écart, avait échappé à la débâcle et avait pu sauvegarder l’intégralité de ses 10452 km2. Mais ni les Palestiniens, ni la Haraqa al-Wataniya, ni les Iraniens, arrivés en dernier, ne l’entendaient de cette oreille. Ils devaient nous impliquer coûte que coûte dans un conflit perdu d’avance, pour apporter la preuve d’une solidarité arabe et islamique. Cette même Haraqa al-Wataniya, s’appuyant sur l’OLP, crut pouvoir arriver à ses fins en 1975 en prenant d’assaut les réduits « libanistes » et légalistes. Egarée par sa propre rhétorique insurrectionnelle, elle récusait la politique « isolationniste » du régime en place, une politique qui avait cependant préservé le Sud libanais d’une invasion israélienne.
Mais qu’y pouvions-nous ? Il était écrit que nous serions tôt ou tard occupés par des forces étrangères. A cette différence près, qu’en ce moment nous sommes en état de belligérance non point par solidarité arabe, mais pour venger le martyre du Guide Suprême iranien.
Bravo, «vingt ans après»
Etant dans l’œil du cyclone, laissons les chiffres parlent d’eux-mêmes et avouons que le Hezbollah a battu son score de 2006. Lors de la guerre des 33 jours, on a recensé 1200 morts, alors qu’aujourd’hui pour le même laps de temps, on compte déjà 1400 victimes (2). Bravo, le Hezb ! Poursuivons : s’il y a vingt ans, plus de 100.000 logements ont été détruits, cette fois une destruction systématique a pulvérisé des quartiers entiers et des villages frontaliers ont été rayés de la carte (3). Et pour clôturer la comparaison, signalons que si les déplacés au nombre d’un million en 2006 ont pu aussitôt, à l’arrêt des combats, rentrer dans leurs foyers, ils ne pourront pas le faire dans la configuration actuelle : le déplacement, depuis le mois dernier, de 1.200.000 personnes risque d’être irréversible.
On doit s’attendre présentement, comme le dit un observateur, à une transformation durable du territoire et à un remodelage spatial. Une reconfiguration géographique du Sud qui consiste à « désarticuler les zones chiites » en coupant les voies de communication. L’idée est d’établir une zone tampon, prélude peut-être à une annexion rampante. Bravo encore, le Hezb !
L’Occident, notre mihrab!
Dès l’Indépendance, le Liban avait choisi de se singulariser et de se détacher du lot des pays voisins qui pataugeaient dans leurs anachronismes et leur phraséologie nationaliste. Sans renier nos origines orientales et encore moins la fraternité arabe, mais avec beaucoup d’aplomb, nous louchions vers l’Occident, que nous avions pris pour modèle et pour mihrab. Notre Etat se défiait des idéologues trouble-fête comme des tribuns surexcités et des va-t-en-guerre.
Ce fut cet écart entre nous et les pays arabes voisins qui allait nous caractériser, et assurer sur notre sol l’épanouissement des libertés formelles et de la libre entreprise. Ce qui était strictement banni sous Nasser, sous les Assad père et fils comme sous Saddam Hussein. Mais cette idiosyncrasie libanaise constituait une haute trahison aux yeux de certains partis politiques et d’une bonne partie de notre peuple. En 1956, le président Chamoun pouvait refuser de rompre les relations diplomatiques avec le Royaume Uni et la France qui s’étaient fourvoyés dans l’expédition de Suez. Mais à partir de 1990, nous n’avions plus de quoi résister : nous allions nous aligner définitivement sur Damas …
Et depuis, et en dépit de la chute du régime baasiste, nous nous débattons pour sortir de l’ornière. Et, pour tout vous dire, nous n’en avons pas encore fini avec le Hezb. D’un affrontement à l’autre, ce dernier se surpasse : il vole de catastrophe en catastrophe !
1-D’ailleurs Golda Meir ne manqua pas de dire au roi Hussein : tout cela serait encore à vous si vous n’étiez pas intervenu le 6 juin !
2- Et à ce jour, nous avons dépassé les deux milles morts, et c’est sans parler des blessés et handicapés à vie.
3-On aura tout le temps de faire le décompte.