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L'Essentiel de la semaine

Une semaine mouvementée qui s’achève sur deux développements majeurs

«Il est temps de mettre fin à la machine à tuer iranienne», affirme Trump; Salam mardi à l’Elysée

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Par Taline Becharraoui
Publié avr. 19, 2026 - 20:02

Des négociations libano-israéliennes directes, inédites depuis 1983 ; un cessez-le-feu précaire au Liban-Sud ; un détroit d’Ormuz toujours au centre de tiraillements irano-américains ; résumé d’une semaine mouvementée au Moyen-Orient qui s’achève sur deux développements cruciaux. 

La semaine écoulée s’est achevée en ce dimanche 19 avril par une double annonce de la plus haute importance. Sur un ton ferme qui contraste avec ses déclarations traditionnelles, le président Donald Trump a indiqué dimanche après-midi (heure du Levant) que ses représentants se rendront à Islamabad lundi soir en vue d’un ultime round de pourparlers, mardi, au cours duquel le régime iranien devra avaliser un accord « très juste et raisonnable » proposé par Washington. A défaut, a affirmé le chef de la Maison Blanche, l’armée US « détruira chaque centrale électrique et chaque pont ». 

« Finie la gentillesse, a lancé le président Trump. S’ils n’acceptent pas l’accord, ce sera un honneur pour moi de faire ce qui aurait dû être fait par d’autres présidents au cours des 47 dernières années. Il est temps de mettre fin à la machine à tuer iranienne ». 

Seconde annonce d’importance qui clôt la semaine : l’Elysée a indiqué dans l’après-midi que le président Emmanuel Macron recevra mardi le Premier ministre Nawaf Salam. 

En amonts de ces deux développements majeurs, le Liban a été au rendez-vous d’une semaine aussi mouvementée que les précédentes, mais ponctuée d’un événement historique, dans toute l’acception du terme : le lancement de négociations directes avec Israël, une première depuis 1983. Certes, la rencontre de Washington, le 14 avril, entre les ambassadeurs du Liban, Nada Hamadé Mouawad, et d’Israël, Yechiel Leiter, sous l’égide et en présence du secrétaire d’Etat Marco Rubio et en présence aussi de l’ambassadeur américain au Liban Michel Issa, était prévue. La photo qui en a résulté et qui a fait le tour du monde n’en a pas moins eu un effet colossal, autant sur la scène libanaise que dans les capitales intéressées. 

Ce qui a transparu de cette réunion pose les bases de négociations à plus long terme. Alors que Marco Rubio soulignait l’importance du moment tout en reconnaissant que le processus « prendra du temps », c’est l’ambassadeur d’Israël à Washington qui a été le plus bavard, assurant que les deux pays « ont découvert être du même côté », parlant de délimitation des frontières et d’un avenir de paix. L’ambassadrice du Liban s’est contentée de qualifier la réunion de « constructive », précisant avoir demandé la cessation des hostilités au Liban. Dans le communiqué conjoint, les Etats-Unis ont espéré que les pourparlers se poursuivront et qu’ils aboutiront à un accord de paix.  

Au Liban, les pourparlers ont provoqué des réactions diamétralement opposées, conformément aux profondes divergences politiques. Sans surprise, le Hezbollah les a qualifiés de « capitulation », ses milieux disant préférer que le Liban « profite du soutien de l’Iran » dans le cadre de ses propres pourparlers avec les Etats-Unis. Le camp souverainiste a salué ces pourparlers avec Israël, non seulement en vue d’une paix durable, mais aussi pour que l’Etat libanais se sépare une fois pour toutes de l’axe iranien, en consacrant le droit du Liban de négocier son propre avenir. 

Dans ce brouhaha, une voix est restée silencieuse, celle du président du Parlement Nabih Berry, qui est par la même occasion chef du mouvement Amal, l’autre composante du duo chiite avec le Hezbollah. Dans un geste que beaucoup cherchent toujours à décrypter, celui-ci a envoyé son second, l’ancien ministre Ali Hassan Khalil, en Arabie saoudite, en parallèle avec la réunion de Washington. 

Si cette première réunion s’est terminée avec l’assurance de contacts futurs, aucun nouveau rendez-vous n’a été annoncé officiellement. Mais cette étape devait provoquer un effet boule de neige puisque le cessez-le-feu demandé par le Liban en vue de poursuivre le dialogue devait se réaliser deux jours plus tard. 

Jeudi, le président de la République Joseph Aoun a vécu une journée placée sous le signe des entretiens téléphoniques cruciaux. Alors que le secrétaire d’Etat Marco Rubio proposait de le mettre en contact direct avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, Aoun a refusé, campant sur sa position de revendication d’un cessez-le-feu. Une attitude qui est restée inchangée même quand c’est le locataire de la Maison-Blanche lui-même qui s’est retrouvé à l’autre bout du fil. Avec sa fougue habituelle, Donald Trump a annoncé qu’il rassemblerait Aoun et Netanyahu à Washington « bientôt ».

Fermeté de ton à Baabda

Un cessez-le-feu de dix jours devait être le fruit des contacts de cette semaine écoulée. Il est entré en vigueur à minuit dans la nuit de jeudi à vendredi. Selon les informations ayant fuité dans les médias internationaux, le président Trump aurait quelque peu forcé la main aux Israéliens pour obtenir cette accalmie, nécessaire selon lui sur les fronts libanais et iranien. 

Bien que clairement annoncée par le président américain suite à son entretien téléphonique avec son homologue libanais, le camp du Hezbollah n’allait pas tarder à essayer de tirer la couverture de son côté, en bon champion de la récupération, une propagande dont les stars étaient le cadre Mahmoud Qomati et le député Hassan Fadlallah. Ce dernier ira même jusqu’à dire que c’est l’ambassadeur d’Iran, celui-là même que l’Etat libanais considère comme persona non grata, qui lui a annoncé le cessez-le-feu… Un signe de plus de l’allégeance absolue du parti à Téhéran, qui préfère accorder la paternité à son parrain plutôt qu’au pouvoir libanais. 

Sur le terrain, comme à son habitude, le Hezbollah a proclamé la « victoire divine », à coups de tirs en l’air et de roquettes en plein ciel de Beyrouth, faisant au moins deux victimes. Les scènes bien familières de retour des voitures vers le sud sur des routes cassées, drapeau du Hezbollah en main, se sont répétées, malgré les mises en garde concernant la fragilité et le caractère provisoire de cette trêve. 

Face à cette rhétorique belliqueuse grandissante du Hezbollah et du parrain iranien, c’est un message adressé à la nation par le président Aoun, vendredi soir, qui devait remettre les pendules à l’heure. Sans inclure l’Iran dans ses remerciements, Joseph Aoun a assuré qu’il irait où il faudra pour sauver son pays et son peuple, dans une claire allusion aux négociations directes qui se poursuivraient, soulignant que celles-ci n’étaient ni un signe de faiblesse ni une reddition. Dans ce discours au ton ferme, il a clairement entériné la séparation avec l’axe iranien, tout en réitérant la détermination de l’Etat libanais à étendre sa souveraineté sur tout le pays, en négociant le retrait israélien des territoires nouvellement (re)conquis. 

Ce discours a été vastement salué par ceux qui ont été ravis de retrouver la même veine que le discours d’investiture du président, en janvier 2025, alors que d’autres restent circonspects, pointant du doigt l’inaction du pouvoir libanais face au Hezbollah en quinze mois, dont la conséquence directe a été l’ouverture d’un nouveau front contre Israël en mars 2026. 

Du côté du Hezbollah, le discours a définitivement consommé la rupture entre les deux parties, comme l’a vociféré l’incontournable Qomati, qui a menacé de faire tomber le gouvernement dans la rue. Mais la confrontation ne se limite pas aux accusations verbales de trahison et aux menaces : samedi, un Casque bleu français de la FINUL a été tué, et trois autres blessés, par des tirs directs au Liban-Sud. Même si le Hezbollah a nié toute implication dans l’incident, le président français Emmanuel Macron et la FINUL elle-même l’ont immédiatement pointé du doigt sur base d’éléments de l’enquête préliminaire. La ministre française des Armées a parlé « d’embuscade ».

L’autre surprise de la semaine a été la « réapparition » du secrétaire général du Hezbollah Naïm Qassem, dans un discours enregistré diffusé le 13 avril, à la veille des négociations directes de Washington, dans lequel il rejette les contacts directs avec Israël et les qualifie de « soumission ». Dans un autre message diffusé le 18 avril cette fois, Qassem a poursuivi ses attaques contre les pourparlers, mais soulignie l’ouverture de son parti à une « pleine coopération avec les autorités libanaises ». Répartition des rôles au sein du parti ou réelles divergences entre une ligne plus dure et une autre plus conciliante ? 

En Iran, incertitudes sur la trêve

Sur le front iranien, la semaine a été ponctuée de déclarations intempestives et contradictoires de la part du président américain et de dirigeants iraniens qui soufflent toujours le chaud et le froid. Les pays médiateurs, à leur tête le Pakistan, s’activent pour garder vivant le processus de négociations directes, commencé deux semaines plus tôt.

Désormais, tous les regards sont tournés vers la semaine prochaine, qui devrait être décisive dans le sens où la trêve décrétée par Washington prend fin mercredi, et qu’un nouveau round de pourparlers devrait se tenir à Islamabad. Aura-t-il lieu et la trêve serait-elle prolongée en l’absence d’accord ? La situation devrait s’éclaircir dans les prochains jours, mais la possibilité d’un renouvellement du conflit est loin d’être écartée. 

Au centre des préoccupations cette semaine a été le détroit d’Ormuz, tantôt « ouvert », tantôt « fermé », dans un feuilleton qui continue de peser sur le prix du pétrole et sur l’économie mondiale. Dans le cadre d’un blocus américain sur les ports iraniens qui se poursuit, on retient que l’Iran a déclaré ouvert le détroit dans la foulée du cessez-le-feu au Liban, avec force déclarations sur la relation de cause à effet entre les deux événements, Téhéran voulant donner l’impression de réagir à une réalisation qu’il s’attribue. 

La semaine s’est toutefois terminée sur une note nettement plus négative, puisque les Gardiens de la Révolution ont recommencé à viser des navires marchands, justifiant dans des communiqués publiés via les médias iraniens d’Etat cette nouvelle « fermeture » du détroit par le refus américain de mettre fin au blocus. 

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