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L'Essentiel du jour

Une alliance militaire sunnite face à l’Iran

Riyad, Ankara et Islamabad scellent un pacte de défense mutuelle à La Mecque

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L’accord a été signé à La Mecque par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif. (AFP)
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Publicado août 8, 2026 - 00:17

Depuis le début de la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, les monarchies pétrolières du Golfe en paient le prix fort : à défaut de pouvoir atteindre Tel-Aviv ou Washington, la République islamique n’a pas hésité à cibler ses voisins arabes, sous prétexte qu’ils abritent des bases américaines, pourtant largement évacuées. Résultat : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, pourtant considéré comme un allié de l’Iran, mais aussi Oman et la Jordanie ont été pris pour cible.

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Récemment, Téhéran a activé ses proxys en Irak et au Yémen, les milices chiites irakiennes et les Houthis yéménites, qui ont visé les infrastructures pétrolières saoudiennes.

Par ailleurs, d’autres menaces pèsent sur l’économie même des pays arabes, avec le blocage du détroit d’Ormuz, seul débouché maritime du Golfe persique, et celui du détroit de Bab el-Mandeb, porte d’entrée de la mer Rouge.

 

Cette guerre larvée n’est pas sans rappeler, une fois encore, la tiédeur du grand allié américain envers ses « protégés » arabes… L’annonce faite par ces trois alliés de Washington envoie ainsi un message à Téhéran, mais aussi aux États-Unis, perçus comme un partenaire de moins en moins fiable, selon des experts.

 

Le modèle de l’Otan

 

Partant de ce constat, on ne peut que comprendre les motifs qui ont poussé l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie à conclure, vendredi à La Mecque, un pacte de défense liant les trois pays.

« L’accord vise à renforcer la dissuasion collective contre tout acte d’agression et stipule que toute attaque armée contre l’un des trois États sera considérée comme une attaque contre eux tous », a précisé le ministère pakistanais des Affaires étrangères, la Turquie y voyant une « contribution importante à la préservation de la paix » dans la région.

Les trois pays musulmans sunnites ont en commun de participer aux efforts de règlement du conflit entre l’Iran et les États-Unis, qui a embrasé la région et ébranlé l’économie mondiale.

 

Une puissance nucléaire et la deuxième armée de l’Otan

 

L’Arabie saoudite et le Pakistan sont en outre déjà liés par un accord de défense mutuelle conclu en septembre 2025, fruit d’une longue tradition de coopération militaire.

Son annonce avait suscité de nombreuses interrogations, Islamabad possédant la bombe atomique.

Vendredi, Riyad a nié tout lien avec « des ambitions nucléaires » et assuré, comme Ankara, que ce pacte ne visait aucun pays de la région.

 

Par ailleurs, la Turquie a affirmé que l’accord avec Islamabad et Riyad n’était « pas en contradiction » avec les engagements d’Ankara vis-à-vis de l’Otan.

Ankara a en outre répété que cette entente tripartite, signée un peu plus tôt à La Mecque, « ne cible aucun pays tiers ni aucun bloc » et ne vise qu’à « renforcer la coopération dans l’industrie de défense, les formations militaires, le partage de technologies et la stabilité régionale ».

La Turquie possède la deuxième armée de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord en nombre d’hommes, dont elle couvre le flanc oriental, et a accueilli début juillet le sommet de ses dirigeants, auquel participait notamment le président américain Donald Trump.

 

Pôle sécuritaire contre investissements

 

Selon un analyste cité par l’AFP, cette annonce conforte les ambitions saoudiennes de devenir le parrain de la sécurité régionale et de diversifier ses partenariats en matière de défense. Une sécurité sérieusement menacée récemment par la rivalité avec les Émirats arabes unis, rivalité qui a risqué de se transformer en conflit ouvert au Yémen, bien avant la guerre en Iran.

 

Pour la Turquie, par ailleurs membre de l’Otan, et le Pakistan, il s’agit de gagner en influence et d’attirer les investissements saoudiens.

Ce rapprochement « est clairement orienté contre l’Iran », relève auprès de l’AFP Oumar Karim, spécialiste de l’Arabie saoudite à l’université de Birmingham.

 

L’enjeu des détroits

 

Pour lui, l’alliance « vise à répondre à la nouvelle approche stratégique » de Téhéran, « qui entend dominer l’ensemble de la région du Golfe et contrôler le trafic maritime dans les voies navigables stratégiques, qu’il s’agisse du détroit d’Ormuz ou du détroit de Bab el-Mandeb ».

 

Pour l’Arabie saoudite, premier exportateur de brut au monde, l’ouverture de ces passages maritimes est essentielle.

La mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb étaient devenus des voies de substitution alors que l’Iran verrouille de nouveau le détroit d’Ormuz depuis la reprise des affrontements avec les États-Unis en juillet.

Mais les Houthis yéménites, soutenus par l’Iran, ont récemment imposé un blocus aux navires saoudiens et menacent également la navigation à Bab el-Mandeb, de l’autre côté de la péninsule Arabique.

 

Outre le front maritime, l’Arabie saoudite a été ciblée sur son territoire par les Houthis, qui ont visé ces dernières semaines des infrastructures pétrolières.

La coalition menée par Riyad, alliée du gouvernement du Yémen depuis 2015, a également accusé vendredi les rebelles d’avoir mené des bombardements dans la région frontalière de Najran, faisant 11 blessés civils, une attaque sans précédent dans le royaume depuis la trêve conclue en 2022 entre les deux camps.

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