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Opinion

Une crise financière aux profondes racines politiques

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La crise bancaire continue de mobiliser les épargnants spoliés: une Libanaise inscrit à la bombe de peinture le mot «voleurs» sur la porte d’une banque, lors d’une manifestation à Beyrouth, le 28 juillet 2026. (Houssam Shbaro/Anadolu via AFP)
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Par Antoine Menassa
Publié août 7, 2026 - 17:19

La crise libanaise, officiellement apparue à l’automne 2019, a été expliquée presqu’exclusivement par des facteurs techniques : ingénieries financières de la Banque du Liban ; profits bancaires; parité livre-dollar; taux d’intérêt; transferts de capitaux ; déficit commercial et consommation. Ces facteurs doivent être en effet examinés, mais ils ne suffisent pas à expliquer totalement l’effondrement.

Les causes politiques, sécuritaires et administratives — pillage du secteur public, recrutements anarchiques dans l’administration de l’Etat, dépenses sans budgets réguliers, clientélisme, politisation de la justice, contrebande, économie parallèle et implication dans des conflits régionaux — ont été largement occultées. Le gouvernement de Hassane Diab n’est pas exclusivement à l’origine d’une crise qui se préparait depuis des décennies. Toutefois, certaines décisions prises ou assumées pendant son mandat ont accéléré la rupture.

Premièrement, aucune loi immédiate cohérente de contrôle des capitaux n’a été adoptée. Ce vide a permis des restrictions arbitraires, a aggravé l’inégalité entre déposants et laissé s’échapper une partie des liquidités. Une loi exceptionnelle, semblable dans son principe aux mesures appliquées après la guerre de 1967, la crise de la Banque Intra ou la destruction des appareils civils au sol lors du raid du 28 décembre 1968, aurait réduit les dommages….

Deuxièmement, le gouvernement Diab a décidé le défaut de paiement sur les eurobonds en mars 2020, en refusant une échéance de 1,2 milliard de dollars. Les réserves de la Banque du Liban étaient alors évaluées à près de 29 milliards de dollars. Le Liban aurait pu honorer les échéances immédiates tout en négociant une restructuration ordonnée avec les créanciers et le FMI. Le défaut de paiement non préparé a détruit la crédibilité souveraine, fermé l’accès aux marchés et aggravé l’isolement financier.

Troisièmement, le gouvernement de l’époque a subventionné plus de 300 produits au lieu d’aider directement les ménages. Le système a favorisé le stockage, les monopoles et, surtout, la contrebande vers la Syrie. Son coût aurait atteint de 12 à 14 milliards de dollars. Cette dépense irrationnelle contredit l’argument selon lequel les réserves devaient être préservées en refusant de payer 1,2 milliard en mars 2020.

Quatrièmement, le plan préparé avec Lazard risquait de faire supporter l’essentiel des pertes aux déposants et au secteur bancaire existant, avec comme objectif de remplacer les banques actuelles par cinq nouvelles institutions bancaires. La promesse de restituer les dépôts restait dépourvue de réponse concrète sur le financement, les actifs mobilisés et le calendrier.

Ces choix ont accéléré la diminution des réserves, la crise de liquidité, l’économie du cash et la marginalisation internationale du Liban. Les rappeler ne signifie pas absoudre la Banque du Liban, les banques ou les gouvernements précédents. Il faut établir toutes les responsabilités selon les pouvoirs réels et les obligations légales, sans transformer un seul secteur en bouc émissaire.

Le redressement exige le rétablissement de l’autorité de l’État, le contrôle des frontières, la lutte contre la contrebande, l’indépendance de la justice, une loi équitable et financée de restitution des dépôts, une restructuration bancaire transparente, une négociation de la dette et une réforme de l’administration.

La répartition des pertes doit respecter la nature juridique de chaque engagement. Les créances de l’État, celles de la Banque du Liban, les obligations des banques et les droits des déposants sont liés, mais ne sont pas identiques. Les confondre permettrait de transférer automatiquement la charge vers les citoyens.

La priorité doit être donnée aux petits déposants, avec des montants, des délais et des sources de financement clairement définis. Les actifs publics peuvent contribuer au redressement par leurs revenus futurs, à condition de rester protégés, inventoriés et gérés dans la transparence. Ils ne doivent être ni bradés ni confiés à des structures échappant au contrôle démocratique.

De même, les actionnaires doivent assumer leur part dans les limites de la loi, tandis que les transferts illicites et les enrichissements injustifiés doivent faire l’objet d’enquêtes judiciaires sérieuses. Restructurer avant de déterminer les ressources reviendrait à mettre la charrue devant les bœufs. La crise est financière dans ses manifestations, mais politique dans ses racines ; aucune solution durable ne pourra ignorer cette réalité.

Le retour de la confiance dépendra enfin de la restauration des relations du Liban avec ses partenaires arabes et internationaux, du respect des normes financières mondiales et d’une politique économique replacée au service exclusif de l’intérêt national.

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